محمد نجم: أﻋﺒّﺮ ﻋﻦ ﻧﻔﺴﻲ ﻣﻦ ﺧﻼل ﻛﻼرﯾﻨﯿﺖ ﺗﺘﻜﻠﻢ ﺑﻠﻜﻨﺔ ﻋﺮﺑﯿﺔ
محمد السيد الطناوي
Mohamed Najem : « Je m’exprime à travers une clarinette qui parle avec un accent arabe »
Musique
Mohamed Al-Sayed Al-Tannawi
Comme de nombreux musiciens palestiniens talentueux, Mohamed Najem a fait ses premiers pas à l’Institut Edward Saïd de musique. Très tôt, il s’illustre au sein de projets collectifs marquants tels que les groupes Turab et Yalalan, ainsi que l’Orchestre des jeunes de Palestine. Ces expériences fondatrices nourrissent son identité artistique, entre esprit collectif, diversité instrumentale et dialogue entre traditions arabes et musique classique occidentale.
Installé ensuite en France pour poursuivre ses études, il élargit son horizon musical et développe plusieurs projets personnels. Son premier album, Le quatrième étage, reflète ce parcours riche et métissé. Il y mêle influences arabes, turques, grecques et jazz, dans ce qu’il décrit comme une « valise sonore » façonnée par son enfance, ses études classiques et ses rencontres musicales. À travers des pièces issues de différentes époques, il explore la mémoire musicale de la Méditerranée et tisse un lien entre héritage et modernité.
Avec son second album, La fleur de Jaffa, Mohamed Najem livre une œuvre plus intime et introspective. Conçu comme un hommage à son père disparu et à la ville de Jaffa racontée par son grand-père, l’album se distingue par une grande sobriété et une précision musicale remarquable. Chaque intervention instrumentale y est pensée avec soin, portée par une profonde sincérité. Le travail de longue haleine avec des musiciens français lui permet d’atteindre une cohérence sonore empreinte d’émotion et de maturité artistique.
Au cœur de sa démarche se trouve une recherche singulière autour de la clarinette. Refusant les écoles classiques ou turques dominantes, Mohamed Najem s’attache à faire « parler arabe » à son instrument. Il en explore les timbres pour se rapprocher des sonorités du oud, du nay ou du violon, afin d’affirmer une identité musicale palestinienne, convaincu que le son, comme une langue, porte un accent et une mémoire.
Le lieu occupe également une place centrale dans son processus de création. De Ramallah, où il apercevait la mer de Jaffa depuis sa fenêtre, à ses espaces de travail en France, chaque environnement nourrit son inspiration et façonne ses compositions.
Parallèlement à son travail artistique, Mohamed Najem s’investit fortement dans la musique destinée aux enfants. À Paris, il participe au projet social et éducatif Démos, qui initie de nombreux jeunes à la pratique orchestrale. Il collabore également à plusieurs albums pédagogiques palestiniens, défendant une musique exigeante et de qualité pour le jeune public, sans simplification excessive.
Aujourd’hui, il prépare un nouveau projet musical, encore en gestation. Profondément marqué par la situation à Gaza, il confie que cette douleur collective imprègne désormais toute réflexion artistique. Malgré cela, de nouvelles idées et mélodies émergent peu à peu, laissant entrevoir un album à venir qu’il souhaite plus mûr et différent, à la hauteur de ses aspirations humaines et musicales.